Les Rencontres Choose Occitanie : l’Occitanie, terre des nouvelles industries

#ChooseOccitanie #Réindustrialisation

Organisé par la Région Occitanie et son agence Ad’Occ, le 7 octobre 2026 à la Cité de l’Économie et des Métiers de Demain (CEMD), à Montpellier (34).

Animé par Hubert Vialatte, qui a assuré le fil rouge de cette première édition des Rencontres Choose Occitanie, consacrée à l’attractivité économique de la région, à la réindustrialisation et aux opportunités d’implantation sur les territoires.

Au micro :
– Jalil Benabdillah, vice-président de la Région Occitanie en charge de l’emploi, de l’économie, de l’innovation et de la réindustrialisation, président du CNER
– Olivier Lluansi, professeur au Cnam, ex-dirigeant de Saint-Gobain, ex-conseiller industrie à l’Élysée, fondateur de Territoires d’industrie
– Laurence Schwob, directrice du développement du groupe France Télévisions, présidente de V Studios
– Laurens Ehrmann, fondateur et directeur créatif de The Yard VFX
– Stéphane Roulon, président et cofondateur de MB Therapeutics
– Aude Bouchet, directrice de l’ingénierie du cycle du combustible chez Newcleo
– Luc Mas, directeur général de SLB Béziers
– Hervé Danton, délégué général du cluster Mecanic Vallée
– Éric Cariou, vice-président Nouveaux produits de Paragon ID
– Yoann Rappeneau, directeur du pôle Attractivité et Aménagement de l’agglomération du Gard rhodanien
– Julien Feja, président du Groupe D&S, vice-président de Leader Occitanie, nouveau président de Leader Gard-Rhodanien, vice-président du Collectif et de Cyclium

Mot d’accueil et keynote d’Olivier Lluansi
Jalil Benabdillah a prononcé le mot d’accueil, avant la keynote d’Olivier Lluansi sur les enjeux de la réindustrialisation.

Olivier Lluansi cite parmi les enjeux de compétitivité des chefs d’entreprise la concurrence déloyale, la transition numérique et l’IA (qui n’est pas celle qui l’inquiète le plus dans l’industrie productive), la transition écologique (foncier, stress hydrique, circularité), la souveraineté et un enjeu sociétal d’organisation : les nouvelles générations veulent du sens et de l’autonomie au travail, et l’organisation pyramidale ne correspond pas à leurs attentes. Sur l’état de la réindustrialisation, il relève une hétérogénéité entre territoires qui rend la lecture difficile. Il évoque un questionnement mené auprès d’un collectif : est-il impossible de refaire de l’industrie en France ? A-t-on tout essayé ? Sa réponse est non : neuf mesures qui font consensus n’ont selon lui pas été mises en avant, notamment sur la commande publique (l’État serait moins patriotique que les ménages français, l’Italie ou l’Allemagne, alors que les directives européennes sont les mêmes) et sur l’épargne (achat de dette américaine plutôt que mobilisation de l’épargne pour financer les entreprises françaises). Sans doute, avec ces mesures, peut-on stopper l’hémorragie.

Il évoque le passage d’une société de consommation à une société de production pour refaire un outil productif, puis plusieurs bifurcations identifiées avec ce collectif pour cette bascule de projet de société : une planification industrielle (l’industrie s’inscrit dans le temps long et ne peut pas faire de virages tous les cinq ans) ; une simplification (les lois de simplification ne fonctionnent pas selon lui, les procédures de consultation sont dimensionnées aux pires cas alors que 80 à 90 % des projets industriels n’ont pas besoin de procédures compliquées) ; et une décentralisation (95 % des moyens d’aides publiques à la réindustrialisation sont gérés depuis Paris alors que les deux tiers des projets sont dans les territoires). Pour lui, il n’y a pas de souveraineté possible sans outil productif, et l’industrie permet aussi la cohésion territoriale et sociale, avec des usines 4.0 et IA qui offrent des perspectives de carrière dans des sous-préfectures. Baisser les émissions de carbone en désindustrialisant revient selon lui à les déplacer. Sur le rôle du territoire, il cite la formation, l’acceptabilité et la relation de confiance avec les élus et fonctionnaires, avec l’exemple de la reconversion du bassin de Lacq (64) vers la chimie verte, les biocarburants et le recyclage stratégique, qui compte aujourd’hui 9 000 employés.

Table ronde « L’Occitanie, nouvelle terre industrielle »
Cinq témoins représentant quatre filières stratégiques identifiées par la Région Occitanie et Ad’Occ (industries culturelles et créatives, santé, énergies et nucléaire) ont partagé leur expérience : des acteurs déjà présents sur le territoire et d’autres qui ont fait le choix de s’y implanter. Étaient représentés V Studios (France Télévisions, à Vendargues), The Yard VFX et MB Therapeutics (Montpellier), Newcleo (Chusclan, dans le Gard rhodanien) et SLB Béziers.

Sur les spécificités de leur filière, Laurence Schwob présente la création comme à la fois une industrie et une industrie de prototype, avec un financement mixte et un fort soutien de la puissance publique ; le site de V Studios à Vendargues accueille en moyenne 250 personnes par jour, avec des pics à 600. Aude Bouchet cite la haute technicité industrielle, la sûreté et la souveraineté énergétique, et présente Faster, centre d’ingénierie et d’innovation, comme un outil pour dérisquer les choix techniques et accélérer le design. Luc Mas évoque la fabrication pour les nouvelles filières énergétiques (éoliennes flottantes en mer) et des conditions industrielles et logistiques uniques, avec des connexions au port de Sète par rail et par route. Stéphane Roulon décrit une solution BtoB : proposer aux pharmaciens de produire des médicaments personnalisés et aux industriels son service et sa plateforme propriétaire, avec comme première spécificité la réglementation et la qualité associée. Laurens Ehrmann décrit une filière à la croisée de l’informatique, de la technologie, de la création et de la recherche, dont la société travaille à 95 % avec l’étranger.

Sur le choix de l’Occitanie, Luc Mas cite les compétences présentes sur le site et l’Agile Factory pour la fabrication de grosses pièces (80 M€ injectés par l’actionnaire américain dans sa construction, prévue pour 2027). Laurence Schwob explique le choix de 2015 par la recherche de lumière et de décors naturels diversifiés dans des périmètres restreints, pour produire rapidement un feuilleton ; l’extension plus récente date de France 2030, en 2022. Laurens Ehrmann cite la proximité d’ArtFX, avec laquelle il a un partenariat, et la qualité de vie à Montpellier. Aude Bouchet évoque l’écosystème et la culture industrielle et nucléaire, à côté de Marcoule, entre Tricastin, Malvési et Cadarache. Stéphane Roulon cite un gros écosystème santé, qui facilite le recrutement, la sous-traitance avec des partenaires proches et l’accès au conseil.

Sur la décision d’investissement, Luc Mas estime que l’éloignement de Béziers par rapport à la métropole de Montpellier n’est pas un handicap : le foncier y est disponible. Sur Genvia, il indique que le démonstrateur est installé chez ArcelorMittal à Saint-Chély-d’Apcher et que la technologie fonctionne bien ; pour l’usine, les démarches sont lancées pour voir sortir de terre les premiers éléments en 2030. Aude Bouchet présente l’investissement comme un moyen de réduire le risque : un peu moins de 5 M€ ont déjà été investis et 5 M€ de plus sont en cours, avec le soutien décisif de la Région. Laurens Ehrmann indique que sa société investit moins en ce moment : les ouvertures de Rennes et de Lille ont été temporisées et un site a été ouvert à Londres, où le crédit d’impôt est devenu plus attractif ; l’instabilité politique et l’approche de la présidentielle n’aident pas à garantir auprès des clients la stabilité du crédit d’impôt. Stéphane Roulon rappelle qu’une startup embrasse l’incertitude : une levée de fonds de 2,5 M€ début 2025 a financé la zone de production de cartouches pharmaceutiques, et une nouvelle levée de plus de 4 M€ est en cours pour fin 2026. Son site est le premier établissement autorisé par l’ANSM à produire des cartouches.

Sur le recrutement, Laurence Schwob cite un partenariat de formation et les expertises métiers présentes sur place. Stéphane Roulon recherche des pharmaciens responsables et des profils en industrialisation, qualité et formulation pharmaceutique. Aude Bouchet note que le nucléaire recrute énormément, avec des tensions sur le marché, que l’écosystème est clé pour attirer et que le sens du travail est important. Luc Mas présente la démarche EDEN (Écosystème Durable et Énergies Naturelles) : un parcours en lien avec France Travail et des partenaires, avec visites d’entreprises puis alternance, pour 80 candidats par an dont 80 % restent.

Dans leurs attentes envers la Région et Ad’Occ, Aude Bouchet insiste sur l’accompagnement territorial (identifier les interlocuteurs, trouver le foncier, les dispositifs et les partenaires). Luc Mas souhaite que la coopération public-privé et la mise en réseau se poursuivent et que les délais administratifs soient accélérés. Laurens Ehrmann indique n’avoir bénéficié d’aucun dispositif d’accompagnement financier pour ses investissements à Montpellier et plaide pour des dispositifs pluriannuels plutôt que des aides ponctuelles. Stéphane Roulon estime que la Région et l’État doivent attirer davantage de capital en Occitanie.

Focus sur le Gard rhodanien et la Mecanic Vallée
La seconde séquence était consacrée à deux territoires : le Gard rhodanien, à l’honneur parmi les territoires participant à la réindustrialisation de la région, et la Mecanic Vallée, cluster industriel de 220 adhérents représentant 12 500 salariés, à cheval sur l’Occitanie et la Nouvelle-Aquitaine.

Hervé Danton présente le cluster et la diversification comme les deux mots-clés depuis plus de quinze ans : le cluster, qui a 28 ans d’existence, est passé de 100 à 220 adhérents en 20 ans. Il indique que le nombre d’emplois industriels est resté le même malgré 3 600 postes perdus dans l’automobile, et cite trois exemples d’investissements, effet Mecanic Vallée avec Ad’Occ et la Région : Tekever à Cahors, Matières à Figeac et Paragon ID. Éric Cariou explique le choix de Decazeville pour la production : tous les sites de Paragon ID sont en territoire rural, avec, à Toulouse, une concurrence très forte pour les collaborateurs ; il cite l’ancrage et la fidélité des collaborateurs, un risque moindre de fuite de savoir-faire et un foncier moins cher. Le projet est en phase de déploiement, avec des lignes de production au premier semestre 2028. Il estime que, pour que l’industrie se développe, il ne faut pas avoir peur des volumes.

Côté Gard rhodanien, Yoann Rappeneau présente le deuxième site industriel d’Occitanie, après Airbus à Toulouse, avec la filière nucléaire à Marcoule et à Laudun-L’Ardoise. Il cite les grands projets que le territoire espère faire aboutir : la candidature d’EPR2 à Tricastin et le développement du nucléaire de nouvelle génération à Marcoule, sur lesquels Aude Bouchet, de Newcleo, a porté le discours et affiché les ambitions communes, ainsi que le projet de carburants de synthèse décarbonés porté par MGH Energy sur le site de l’Ardoise, qui a choisi le territoire pour sa friche, sa trimodalité et son espace. Il cite aussi le salon POP du 24 septembre, organisé par les entreprises elles-mêmes avec le soutien de l’agglomération et de la CCI. Julien Feja rappelle le travail du Collectif et indique que le CIE (Collectif interrégional économique) a été officialisé le 24 septembre lors du salon POP ; ce collectif couvre trois régions et quatre départements (Drôme, Ardèche, Vaucluse, Gard), avec des problématiques communes en matière de nucléaire, notamment l’EPR2. Il alerte sur le risque d’oubli du Gard rhodanien.

Sur les attentes vis-à-vis de la Région, Yoann Rappeneau et Julien Feja citent un partenariat déjà existant avec la Région et l’État, notamment sur MGH Energy, site labellisé France 2030 ; ils demandent de faciliter la réalisation des projets économiques (délais d’instruction), avec des interlocuteurs présents dès le début plutôt que spectateurs, et jugent leurs relations avec la Région très bonnes. Hervé Danton rappelle le message du Medef et de l’UIMM à l’État : simplifier et pérenniser, avec l’exemple de l’Angleterre, où les clusters connaissent leur budget le 30 décembre pour l’année suivante. Éric Cariou souligne l’efficacité des services de la Région et propose d’internationaliser le discours (être plus percutant en anglais) et d’accélérer les systèmes administratifs.

Sur les ressources humaines, Julien Feja insiste sur un duo entreprises-collectivités et sur le travail mené avec le Campus des métiers et des qualifications d’excellence (process et technologies en milieu sensible) et le lycée Albert Einstein, pour montrer la réalité des métiers de l’industrie. Yoann Rappeneau présente la marque Prov’Occ et le Pass’Prov’Occ, un accompagnement personnalisé à l’installation (logement, crèche, transports, associations), lancé depuis un an, avec une douzaine de personnes installées. Hervé Danton cite 500 à 600 recrutements et des solutions de covoiturage qui ont fait passer l’autosolisme de 82 % à 58 %.

Messages clés :
– La réindustrialisation est présentée comme un enjeu de souveraineté, de cohésion territoriale et de projet de société, avec la demande d’une planification industrielle, d’une simplification et d’une décentralisation des moyens.
– Les entreprises intervenantes citent l’écosystème local : compétences, formation, partenaires et soutiens publics.
– Les attentes exprimées à la Région et à l’État portent sur l’accompagnement dès l’amont, les délais d’instruction, la simplification et des dispositifs pluriannuels.
– Le recrutement est un enjeu commun, avec des réponses locales : EDEN, Pass’Prov’Occ, covoiturage, formations dédiées.

Ils en parlent sur les réseaux : Yoann Rappeneau (ici).

Date

07 Oct 2026
Expired!

Lieu

Cité de l'Économie et des Métiers de Demain (CEMD)
Montpellier (34)
Catégorie

Organisateur

Région Occitanie
Site Web
https://www.laregion.fr/

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