Les enjeux économiques de l’eau dans le Gard
#Eau #Economie
Organisé par le MEDEF Gard, en partenariat avec Veolia et le MEDEF Occitanie, ce 10 février 2026 au Musée de la Romanité à Nîmes.
La soirée, animée par Sarah Nguyen Cao Khuong et Hubert Vialatte, s’est articulée autour de deux tables rondes complémentaires : la première consacrée à l’état des lieux et à la sécurisation de la ressource, la seconde aux solutions concrètes d’adaptation, de sobriété et d’innovation.
Grand témoin de la soirée : Éric Servat, directeur du Centre international UNESCO sur l’eau ICIREWARD à l’Université de Montpellier, auteur de Le Grand Défi de l’Eau.
Au micro
– Steeve Calligaro, président du MEDEF Gard
– Olivier Sarlat, directeur Région Sud de l’activité Eau chez Veolia
– Éric Servat, directeur du Centre international UNESCO ICIREWARD
– Jean-François Blanchet, directeur général du Groupe BRL
– Sébastien Ferra, directeur départemental des territoires et de la mer (DDTM) du Gard
– Renaud Orsucci, directeur du territoire Gard-Lozère, Veolia Eau
– Denis Brunel, responsable des relations territoriales et de la communication, EDF Tricastin
– Geneviève Marais, fondatrice d’Aquatech Innovation
– Jean-Philippe Laval, directeur du développement, Phytocontrol
– Patrick Debatista, responsable HSE, Sequens
– Joséphine Thieffry, responsable communication, MEDEF Sud
– Samuel Hervé, président du MEDEF Occitanie
L’eau : une question à la fois environnementale, économique et sociale
En ouverture, Éric Servat pose le cadre. Selon lui, le débat public aborde trop souvent l’eau sous un seul angle. « L’eau, c’est la vie, mais c’est d’abord les gens », rappelle-t-il. Il insiste sur la nécessité de traiter simultanément trois dimensions : environnementale, économique et sociale. L’hydrologue met en garde contre une gestion par à-coups : « Il suffit d’une bonne pluie pour que le dossier retourne en bas de la pile. Or, il faut anticiper. » Selon lui, le danger majeur aujourd’hui n’est plus seulement l’événement extrême ponctuel, mais l’installation de sécheresses longues et récurrentes. Les investissements nécessaires, renouvellement des réseaux, réutilisation des eaux usées traitées (REUT), stockage, voire dessalement, sont lourds et coûteux, mais indispensables.
Table ronde 1
Sécuriser la ressource : état des lieux, tensions et arbitrages
Avec Jean-François Blanchet (Groupe BRL), Sébastien Ferra (DDTM du Gard), Renaud Orsucci (Veolia Eau), Denis Brunel (EDF Tricastin) et Éric Servat.
Un territoire sous pression
« Les usages vont croissant (…) et la ressource va baisser dans les moments où on en a le plus besoin », résume Sébastien Ferra. Le Gard cumule les vulnérabilités : températures élevées, déficit de précipitations estivales, hétérogénéité géographique forte entre Cévennes, plaine agricole et littoral exposé à la salinisation. Jean-François Blanchet rappelle un chiffre marquant : « Un degré de plus, c’est +10 à +15 % de demande en eau pour les plantes. » À l’horizon 2050, l’évaporation supplémentaire pourrait atteindre 200 mm, ce qui suppose une compensation par l’irrigation.
Planification et stockage
Face à la tension croissante entre besoins et disponibilité, plusieurs pistes sont évoquées : transformation des prélèvements estivaux en prélèvements hivernaux, stockage localisé, interconnexions, substitution. Sébastien Ferra évoque l’évolution des plans de gestion de la ressource et la révision des seuils d’alerte sécheresse, afin de rendre les dispositifs plus lisibles et plus stables. Jean-François Blanchet souligne que les grands ouvrages de stockage ne sont plus systématiquement d’actualité, notamment pour des raisons d’acceptabilité et de continuité écologique. Les solutions doivent être adaptées au contexte local.
Résilience et innovation technique
Le réseau hydraulique régional constitue un atout. BRL irrigue environ 50.000 hectares et mobilise près de 80 millions de m³ d’eau du Rhône pour le département. Renaud Orsucci met en avant la télérelève des compteurs et la détection des fuites :
150.000 m³ économisés en un an et 1,8 million de m³ de fuites évitées entre 2020 et 2025 sur Nîmes Métropole. Denis Brunel présente le projet « Nestor » à Tricastin : grâce à un système de traitement par osmose, le site vise une économie de 40.000 m³ par an, soit 10 % de ses prélèvements.
Le prix de l’eau
Éric Servat estime que le prix de l’eau devra évoluer pour intégrer les coûts croissants liés à la qualité, à la modernisation des réseaux et à la REUT. Le budget consacré à l’eau par un ménage reste inférieur à 1 %, selon lui, ce qui ouvre une réflexion sur la valeur réelle de la ressource.
Table ronde 2
Adapter les modèles : sobriété, qualité et innovation
Avec Geneviève Marais (Aquatech Innovation), Jean-Philippe Laval (Phytocontrol), Patrick Debatista (Sequens), Olivier Sarlat (Veolia) et Éric Servat. Changement de focale : après le diagnostic, place aux solutions opérationnelles.
Industrie : investir malgré l’incertitude
Patrick Debatista détaille le plan de sobriété hydrique du site Sequens d’Aramon. Le site prélève environ 1,3 million de m³ d’eau par an. Objectif : réduire de 50 % cette consommation via l’installation de tours aéroréfrigérantes. Montant de l’investissement : 1,5 million d’euros sur quatre ans. Interrogé sur la motivation, il répond : « Les deux », évoquant à la fois conviction environnementale et contrainte réglementaire. Il reconnaît cependant que « ce n’est pas le bon moment » au regard de la conjoncture économique, mais souligne la responsabilité collective.
Polluants émergents et exigences accrues
Jean-Philippe Laval rappelle l’évolution rapide des normes et des capacités analytiques : PFAS, pesticides, hydrocarbures, métaux lourds. « On descend toujours plus bas » dans les seuils de détection. Phytocontrol consacre 10 % de son chiffre d’affaires à la R&D afin de répondre aux polluants émergents et aux exigences liées à la réutilisation des eaux usées.
Recyclage et tourisme
Geneviève Marais présente la solution « Aquapool », destinée notamment aux campings. Elle permet de recycler les eaux de lavage des filtres de piscine pour les réinjecter dans les bassins. Certaines infrastructures peuvent consommer jusqu’à 100 m³ par jour. La démarche repose sur la maîtrise des données et l’optimisation des traitements en fonction des usages. Elle pointe néanmoins la complexité administrative : « Si on arrivait à simplifier, il y aurait plus d’acteurs comme moi. »
Transformer la contrainte
Pour Olivier Sarlat, la sobriété ne doit pas être synonyme de décroissance. Il appelle à réaliser un état des lieux précis des besoins et des ressources afin d’adapter la « résistance hydrique des territoires ».
En fin de soirée, le MEDEF Sud présente son guide « Préserver l’eau en Région Sud – Paca », qui formule onze propositions pour une gestion partagée et durable. Au-delà des périodes d’arrêtés sécheresse, l’eau devient un paramètre structurant de l’attractivité économique et des choix d’implantation. En conclusion, Éric Servat rappelle que les solutions doivent être évaluées localement : « Les solutions dépendent du contexte local. » Selon lui, l’arc méditerranéen constitue aujourd’hui un laboratoire à ciel ouvert, dont l’expertise pourrait être exportée.
Ils en parlent sur les réseaux : Medef Gard (ici).
