Loupehv – Immobilier(s) : état d’urgence
#Immobilier #Logement
Organisé par Agencehv (Montpellier), en partenariat avec la Banque des Territoires et Tourny Meyer, le 29 septembre 2026 à l’Opéra Comédie de Montpellier (34).
Coanimée par Hubert Vialatte et Sarah Nguyen Cao Khuong, cette 4e Loupehv a réuni plus de 150 participants. La matinée s’est articulée en trois séquences, avec Christelle Assié, DG adjointe Occitanie de la Banque des Territoires, en grand témoin : elle a présenté l’éventail des interventions de la banque dans la région.
Au micro :
– Christelle Assié, DG adjointe Occitanie de la Banque des Territoires, grand témoin de la matinée
– Cédric Grail, directeur général d’Altémed
– Thierry Iacazio, président de la FPI Occitanie Méditerranée
– Christophe Sintès, président de la FNAIM Hérault et dirigeant de l’agence Centrimmo (Montpellier)
– Mathieu Massot, directeur général du Groupe FDI et président de Procivis Immobilier
– Jean-François Soto, maire de Gignac, président de la communauté de communes de la Vallée de l’Hérault et conseiller départemental de l’Hérault, président de la commission Aménagement du territoire, Solidarités territoriales, Logement et Politique foncière
– Christophe Pérez, directeur de la Saem Alès et de la SPL Alès Cévennes
– Aurélie Guesné, directrice de l’agence Tourny Meyer de Montpellier
– Chahira Benzaoui, directrice déléguée Attractivité et Rayonnement de Montpellier Méditerranée Métropole
– Amel Hadri, présidente et fondatrice de la biotech Inits (Mauguio, 34)
– Bichoï Metias, cofondateur et président de Cykero (reconditionnement d’appareils électroniques)
« Crise du logement : quelles solutions ? »
La première table ronde a dressé l’état des lieux d’un marché sous tension et des solutions envisagées sur le territoire, avec Christelle Assié, Cédric Grail, Thierry Iacazio, Christophe Sintès et Mathieu Massot.
Christophe Sintès décrit une crise « arrivée très vite » : « Ce qui fait peur, c’est qu’on ne sait pas quand ça va s’arrêter », ajoute-t-il. Sur la Métropole de Montpellier, les ventes aux investisseurs sont passées de 1.525 lots au plus haut à 166 en 2025, selon Thierry Iacazio. Pour Christophe Sintès, dans l’ancien, l’encadrement des loyers pèse : les investisseurs « achètent cher » et voient ensuite leurs loyers plafonnés.
L’offre locative se raréfie : les refus de prêt se multiplient et le parc à louer se réduit. Certains étudiants gardent même leur logement pendant l’été pour être sûrs de l’avoir à la rentrée. « Il n’y a plus de marché locatif, je pense qu’on peut le dire assez aisément », tranche Cédric Grail. Les autorisations d’urbanisme ont reculé de 40 % en six mois, déplore Thierry Iacazio, qui met en cause l’excès de normes et les contraintes hydrauliques. Selon lui, le futur PLH 2027-2032 doit être « très ambitieux » sur les capacités de production.
« Les entreprises qui viennent s’implanter à Montpellier ont du mal à trouver des logements pour leurs salariés. C’est un vrai sujet d’attractivité », estime Christelle Assié. Via la foncière In Medio, Altémed et la Banque des Territoires ont conçu un montage pour louer aux salariés des entreprises des logements moins chers que le marché. Il va être reproduit ailleurs en France. « Pour la première fois, on lie enfin l’habitat et le développement économique », salue Mathieu Massot, directeur général du groupe FDI et président de Procivis.
Du côté des bailleurs sociaux, les subventions baissent et les organismes doivent apporter davantage de fonds propres, rappelle Mathieu Massot. Le logement social héberge 15 % des ménages, et deux tiers de ses locataires sont des actifs. La Caisse des dépôts a annoncé 300 M€ pour renforcer les fonds propres des bailleurs et 10 Md€ pour le logement intermédiaire. Mathieu Massot met en garde contre « l’hypermétropolisation » et défend l’action des HLM hors des grandes villes. Cédric Grail plaide pour une ville « construite pour cent ans » : selon lui, on peut construire moins cher en simplifiant les prescriptions, et l’ambition architecturale doit se recentrer sur le confort d’été.
« Revitalisation des centres-villes »
Équipements structurants, commerce, logement, adaptation au changement climatique : la deuxième table ronde s’est penchée sur la revitalisation des centres-villes, avec Christelle Assié, Jean-François Soto et Christophe Pérez.
« Des moyens financiers considérables » : c’est ce que met la Banque des Territoires au service des élus qui veulent redynamiser leur centre-ville à travers les programmes « Action cœur de ville », lancé par l’État en 2018 pour les villes moyennes, et « Petites villes de demain », lancé en 2021, assure Christelle Assié. Alès a bénéficié du programme Action cœur de ville, et Gignac de Petites villes de demain.
« Montpellier est le moteur du département de l’Hérault, mais il existe une vie ailleurs, et elle est extrêmement importante », lance Jean-François Soto. La Vallée de l’Hérault gagne chaque année entre 600 et 1 000 habitants, notamment de jeunes familles. Même constat à Alès (Gard), qui accueille environ 1 000 nouveaux habitants par an depuis 6 ans. À Gignac, le profil des habitants du centre ancien a changé. « Avant, nous avions beaucoup de locataires. Aujourd’hui, nous avons de plus en plus de propriétaires occupants », observe le maire. Parmi les profils : professions libérales, soignants, enseignants, militaires. « Cela crée une tension sur le logement. Ceux qui louaient leur maison reprennent leur bien et les locataires doivent être relogés », déclare Jean-François Soto. Avec 15 à 17 % de logements sociaux, la commune reçoit plus de 400 demandes pour chaque logement qui se libère.
À Alès, les halles de l’Abbaye ont été entièrement rénovées pour 15,8 M€ et accueillent une trentaine d’étals de producteurs cévenols ; la scène nationale du Cratère est elle aussi en rénovation. « Le cœur de ville doit être une pépite, un lieu de destination. Les Cévenols viennent particulièrement à Alès le week-end car de beaux investissements ont été faits », insiste Christophe Pérez. À Gignac, les équipements se sont multipliés : un lycée, un pôle de santé, un futur conservatoire à rayonnement intercommunal et bientôt une unité de gendarmerie, ainsi qu’un pôle d’échange multimodal pour laisser sa voiture et prendre le car, inauguré en septembre 2024.
Aux Prés Saint-Jean, quartier prioritaire situé à trois minutes du centre d’Alès, la SAEM Alès porte Présajéo, un programme d’immobilier d’activités de 12,8 M€ qui réunit bureaux, ateliers et espaces de formation. « Dans les villes moyennes comme Alès, après le bac, les jeunes sont obligés de partir à Nîmes, Montpellier ou Aix-en-Provence », regrette Christophe Pérez. Alors que le bâtiment n’est pas terminé, près de 1 000 m² sont déjà loués à des centres de formation de niveau bac à bac+2.
Sur le commerce, Jean-François Soto avance, pour Gignac, une évasion commerciale passée de 98 % à 57 % entre les années 2000 et aujourd’hui, grâce à la création d’un nouveau quartier à vocation commerciale. À Alès, la Ville teste dans le centre-ville des boutiques éphémères, dans un local de 150 m² appartenant au bailleur social Logis Cévenols. « Le fabricant de jeans lozérien Atelier Tuffery s’y est installé du 15 au 19 septembre dans le centre-ville, ça a fait un carton », se félicite Christophe Pérez.
La SAEM’Alès lance, aux côtés de la Banque des Territoires et de la Caisse d’Épargne LR, une foncière pour revitaliser le centre-ville : 32 M€ d’investissement sont prévus sur 10 ans, avec une première tranche de 8 M€. Pour Christelle Assié, une foncière réussie repose sur trois conditions : « un territoire dynamique, un périmètre assez large pour équilibrer financièrement les biens difficiles de l’hypercentre et des biens plus simples, et des élus engagés. » Après Béziers, Nîmes et Alès, la prochaine foncière soutenue par la Banque des Territoires sera à Narbonne. Jean-François Soto mise sur un plan guide Gignac 2040 et sur un plan pluriannuel d’investissement intercommunal de 120 M€. « Le foncier commence à être cher. Demain, il sera encore plus cher et encore plus rare. »
Après les municipales de 2026, la Banque des Territoires a analysé les programmes des nouveaux élus. Quatre points communs ressortent : « le logement, l’adaptation au changement climatique, la revitalisation des centres-villes et, surtout dans les petites villes éloignées des métropoles, l’accompagnement du grand âge et l’accès aux soins », conclut Christelle Assié.
« Immobilier d’entreprise »
Pénurie de foncier économique, concentration de l’offre tertiaire, projets sur mesure : la dernière table ronde s’est penchée sur l’immobilier d’entreprise, avec Christelle Assié, Aurélie Guesné, Chahira Benzaoui et deux entrepreneurs, Amel Hadri et Bichoï Metias, qui implante son futur technocentre dans la zone Eurêka à Castelnau-le-Lez (34).
« On n’a pas un effondrement des transactions dans le tertiaire, comme ce qui est le cas pour l’habitation », constate Aurélie Guesné, directrice d’agence de Tourny Meyer Montpellier, spécialisée dans le conseil en immobilier d’entreprises. Sur 2025, 100.000 m² ont été placés, soit 125 transactions. Le recul touche surtout les grandes surfaces : « on voit un recul significatif des demandes de plus de 1.000 m². Ce sont les entreprises locales qui tiennent notre marché », souffle Aurélie Guesné.
« À Cambacérès (quartier à Montpellier, ndlr), nous n’avons pas de parking, et ça c’est un vrai souci », lâche Aurélie Guesné à propos de l’offre concentrée autour de la gare TGV. Chahira Benzaoui le reconnaît : « Nous avons voulu aller plus vite que la réalité en anticipant que nous aurions moins besoin de stationnement ». Le nouveau PLUi sanctuarise 300 hectares pour le développement économique, mais « le modèle classique du foncier nu aménagé par la collectivité est en train de disparaître », explique Chahira Benzaoui. Pour autant, « ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de capacité d’accueil » : des parcelles sont en commercialisation à Cournonterral, à La Lauze Est et il reste des terrains sur Eurêka. Côté prix, Chahira Benzaoui relève une hausse : les entreprises sont « de plus en plus confrontées à ce poste de dépense complètement déstabilisant pour elles. Elles ont besoin de relais, dont les acteurs publics aussi, qui investissent de plus en plus ».
« C’est l’exemple parfait », juge Chahira Benzaoui à propos de GoforDia (ex-Diasys Technologies), PME d’automates de diagnostic médical incubée au BIC, qui vient d’inaugurer un bâtiment de 1 500 m² à Grabels, au nord de Montpellier. Objectif : attaquer un marché mondial, avec 40 emplois qualifiés. « Aujourd’hui, le tissu endogène a beaucoup de potentiel, mais il faut l’accompagner à franchir un cap de croissance », ajoute-t-elle.
La biotech Inits s’est dotée d’une unité de bioproduction au sein de PIOM, à Mauguio, moyennant un investissement de 28 M€. Sa fondatrice, scientifique de formation, a dû se former à l’ingénierie financière et comprendre que « ceux qui financent le développement d’une société ne sont pas ceux qui financent l’immobilier », explique Amel Hadri. Le process est complexe : « Nous nous retrouvons avec 9 acteurs qui doivent signer en même temps. J’avais l’impression que ça n’allait jamais arriver. Tous les mois, je disais « j’arrête ! » », confie-t-elle. Puis tout s’aligne un 27 décembre, avec « une signature à deux heures du matin ». Le bâtiment, sur une parcelle de 3 200 m², a été livré en février 2026 et inauguré en juin.
En quatre ans, Cykero, spécialisé dans le reconditionnement d’appareils électroniques, est passé d’un garage de 45 m² à 27 M€ de chiffre d’affaires et 23 salariés. « Des talents, un écosystème économique et des acteurs publics qui comprennent les besoins d’une start-up : nous avons trouvé ces trois ingrédients dans la métropole de Montpellier, d’où notre choix d’implanter notre futur technocentre européen à Castelnau-le-Lez », assure son fondateur Bichoï Metias.
« Nous investissons des fonds propres dans des projets », rappelle Christelle Assié. La Banque des Territoires est aussi intervenue auprès de Delair (drones), à Toulouse, et sur le projet Club Med du Barcarès, qui sera bâti sur une friche rénovée. « Nous ne venons pas artificialiser le foncier nouveau, mais nous réutilisons le foncier », insiste-t-elle.
Messages clés :
– Le marché du logement est décrit comme sous tension : baisse des ventes aux investisseurs, des autorisations d’urbanisme et de l’offre locative.
– Le logement des salariés est présenté comme un enjeu d’attractivité des entreprises, avec un montage porté par Altémed et la Banque des Territoires pour louer à des salariés des logements moins chers que le marché.
– La revitalisation des centres-villes passe par des équipements structurants, des programmes comme Action cœur de ville et Petites villes de demain, et des foncières (Alès, Béziers, Nîmes, bientôt Narbonne).
– Sur l’immobilier d’entreprise, le marché tertiaire ne s’effondre pas mais les grandes surfaces reculent, et le modèle du foncier nu aménagé par la collectivité est en train de disparaître.
– La Banque des Territoires intervient en investisseur en fonds propres et réutilise du foncier plutôt que d’en artificialiser de nouveau.
Nous en parlons sur Les Indiscrétions (ici).
